Consumérisation de l'IT : en quoi s'agit-il d'un rapport gagnant-gagnant ?

Le 2 mars, toute personne active dans le secteur des technologies de l'information se réjouissait de voir apparaître Steve Jobs armé de son enthousiasme légendaire au moment de la présentation de la nouvelle version améliorée de l'iPad, la tablette innovante d'Apple. Toutefois, certains directeurs des systèmes d'information n'étaient pas nécessairement enchantés par cette nouvelle.
Et pour cause, les produits Apple et l'iPad en particulier, constituent la dernière salve en date de consumérisation de l'IT, soit une période de main mise de l'utilisateur final sur les activités de l'entreprise en termes de planification des nouveautés technologiques. « Un tel événement nous oblige à proposer des produits dont nous ne maîtrisons pas réellement l'ensemble des aspects et des implications », déclare Ron Frissora, Directeur des systèmes d'information de M/I Homes, une entreprise de construction de maisons du Midwest (États-Unis). « Néanmoins, du fait que nous ayons dû faire face à ce genre de situations pendant plusieurs années, je ne ressens pas réellement davantage de pression dans mon quotidien. »
Mais tous les directeurs des systèmes d'information ne sont pas aussi euphoriques. « La rapidité des modifications au niveau des appareils est une donnée complexe à gérer », explique Joe Buser, vice-président du service des systèmes d'information de Delta Faucet. Selon Buser, les employés réclament le nouvel Ipad, avant même que le service informatique de l'entreprise ait pu définir les critères d'approche de cette technologie. Par ailleurs, à l'issue d'un projet pilote de test de la tablette d'Apple auquel ont participé cinq vendeurs, Delta a souhaité « acheter 30 appareils supplémentaires le plus rapidement possible ».
Les activités IT étaient bien moins complexes avant l'essor des technologies de masse amorcé au début des années 1980 par l'arrivée sur le marché de l'ordinateur personnel. « À cette époque, nous n'étions jamais véritablement soumis aux attentes de l'utilisateur final », ajoute Buser. « Or, du fait que les connaissances des clients en la matière soient de plus en plus étendues, ces derniers se montrent toujours plus difficiles à contenter. »
Mais n'interprétons pas erronément ses propos : il n'exprime pas là des regrets nostalgiques. « Les services IT doivent s'adapter à la rapidité des évolutions technologiques. Mais je vois cette situation d'un bon œil. Nous devons redoubler de vivacité pour saisir toutes les opportunités », expliquer Buser. À titre d'exemple, il incite les services IT à envisager les besoins d'évolution aussi activement que le font les utilisateurs finaux, voire davantage. « Pourquoi un utilisateur ne peut-il pas utiliser de manière productive une nouvelle technologie en moins d'une journée ? », s'interroge-t-il.
Frissora (M/I Homes) évoque une conclusion logique et stratégique à cette tendance de consumérisation ; il s'agit là d'un rapport gagnant-gagnant tant pour les utilisateurs que pour les services IT. Il s'est rendu récemment à Phoenix pour une conférence réunissant des Directeurs des systèmes d'information. À cette occasion, la majeure partie des conversations traitaient tantôt de la gestion de l'afflux d'appareils conçus pour l'utilisateur final, tels que les smartphones et les tablettes, ainsi que de l'éventualité d'un département IT « qui ne serait plus soumis au marché des appareils. »
Mais quelle serait la finalité de ces deux réflexions, selon Frissora ? Le Cloud. « À mon sens, la consumérisation de l'IT implique que de plus en plus d'individus exigent un accès permanent et à tout endroit à leurs informations tant personnelles que professionnelles. » Frissora d'ajouter que cela vaut particulièrement pour les nouvelles générations qui souhaiteront disposer des mêmes technologies au travail et à la maison. Cette réalité nécessite l'exploitation des avantages que revêt le cloud computing.
Selon les prévisions de Frissora, la tendance à la consumérisation amènera davantage de sociétés à transférer leurs applications et leur infrastructure informatique dans le Cloud. (« Une fois détectés, les problèmes de sécurité ne se posent plus réellement. ») Cette démarche leur permettra de mettre leurs informations à la disposition permanente de leurs employés, et ce de manière sûre. « Une fois cette étape franchie, la problématique de l'afflux d'appareils n'a plus lieu d'être », souligne-t-il. Par ailleurs, la question de l'infrastructure technologique passe au second plan au profit de l'évolution des processus et des activités. « Dans cette hypothèse, il est probable que nous pourrions nous affranchir de l'asservissement imposé par le marché des appareils », conclut Frissora.