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Évaluation : des notes aux compétences ?

L’intégration d’outils numériques à l’école change l’organisation de la classe. Travail en groupe, collaboration, tutorat, coopération… autant de nouvelles manières de travailler qui transforme l’apprentissage. Comment évaluer les élèves dans ce nouveau contexte ? Les notes sont-elles toujours adaptées ? Tour d’horizon.

« Monsieur, il est noté cet exercice ? »

La question de l’évaluation des élèves en classe fait débat depuis plusieurs années. Selon une étude Ifop, si 80% des Français restent encore favorables à l’évaluation par note, ce choix est régulièrement remis en cause au profit d’une évaluation par compétence. Une opinion qui s’étend également au sein du corps enseignant puisque 39% d’entre eux se déclarent prêts à abandonner les notes chiffrées à l’école primaire et au collège.

Pour Bruno Duvauchelle, chargé de Mission TICE à l’Université Catholique de Lyon et professeur associé à l’Université de Poitiers, le système de notation actuel n’est pas adapté :

« L’évaluation est un contrôle de conformité, c’est un système de tri sélectif, une distillation fractionnée et au fur et à mesure on supprime les mauvais. Quand cette évaluation par note devient le seul moteur de l’apprentissage c’est difficile. On passe de l’apprentissage de la volonté d’apprendre des choses à la volonté de prendre des places. L’évaluation traditionnelle sur note ne peut pas continuer. Il faut la remettre derrière ce qui est essentiel : le plaisir d’apprendre et le désir d’aller plus loin. »

Anne-Marie Bardi, ancienne inspectrice de l’éducation nationale explique que selon elle ce type d’évaluation manque son véritable but :

« On part de très loin. Tout au long du 20e siècle, notre système d’éducation a fonctionné en ne se préoccupant jamais des acquis des élèves. »

Comment faire alors pour repenser le système d’évaluation avec et par le numérique ? Une évaluation des compétences ne vaudrait-elle pas mieux qu’une notation assez peu représentative de ce qu’ont appris les élèves ? N’est-il pas préférable de laisser une place plus importante au numérique pour privilégier de nouvelles manières de valider les connaissances ? Les avis divergent.

Evaluer par compétences pour mieux cibler les difficultés et les forces des élèves ?

Certains enseignants ont déjà opté depuis plusieurs années pour la méthode de l’évaluation par compétence, notamment dans le secondaire. Il s’agit par exemple de fournir à l’élève des schémas, des courbes ou encore des histogrammes mettant en valeur leurs compétences, leurs points forts et ceux à travailler tout particulièrement.
Pascal Bihouée, professeur de sciences physiques dans un collège breton, a mis en place ce système :

« Une telle évaluation permet de cibler davantage les faiblesses de l’élève pour travailler dessus. Ça nous permet d’y réfléchir et d’imaginer une remédiation personnalisée pour l’élève. Je ne suis pas sûr que la culture des notes serve vraiment à quelque chose. Une note est trop réductrice. Mis à part s’évaluer par rapport aux copains elle ne sert pas à grand-chose. Avec une évaluation par compétence, l’élève peut me solliciter sur des points plus précis pour progresser. »

Mais pour pouvoir démocratiser ce type d’évaluation, il est important de faire évoluer les mentalités aussi bien des élèves que des professeurs et des parents. C’est ce qu’explique Jérôme Staub, enseignant d’histoire-géographie dans un collège en milieu rural :

« Aujourd’hui, la note paraît toujours plus importante pour les élèves. Je me sers de l’évaluation par compétence pour voir les évolutions des élèves, mais après c’est encore la note qui fait effet auprès de tout le monde, même si elle n’est pas adaptée. Les parents viennent d’un système de notes et les enseignants aussi. C’est plus une question culturelle et politique finalement. C’est difficile pour des générations entières qui ont été habituée à ça de passer à autre chose. »

Car l’évaluation par compétences pose également certains problèmes : le temps nécessaire à la correction d’une copie est souvent le premier pointé du doigt car la complexité et la finesse de l’exercice l’accroissent significativement.

Une autre difficulté est de pouvoir fixer le seuil de réussite pour valider ou non une compétence : lorsqu’il travaille dans sa classe, l’élève n’obtient pas une note mais il sait s’il a réussi ou non la compétence évaluée par l’enseignant. D’où la nécessité de fixer avec précision le seuil pour évaluer l’élève.

Comment évaluer de nouvelles compétences ?

Les nouvelles compétences recherchées à l’école ne rentrent plus nécessairement dans le cadre des tests traditionnels : l’idée n’est plus seulement d’évaluer si les élèves savent répondre à une question, résoudre une équation ou un problème. Il faut aussi arriver à mesurer leur capacité à mener une équipe, à résoudre des situations complexes ou à bien communiquer.

Une solution pourrait être la mise en place d’indicateurs clés : la responsabilisation des élèves, leur volonté d’apprendre, leur motivation, leur indépendance ou encore l’engagement des parents aux côtés de leurs enfants. C’est en tout cas ce que préconise le livre International handbook on IT in primay and secondary education.

Vers une meilleure compréhension de l’évaluation

Les outils d’évaluation numériques peuvent ainsi aider l’enseignant et sont pratiques pour identifier les points faibles des élèves et les aider à progresser. Les résultats de telles évaluations peuvent aussi permettre aux parents d’avoir un aperçu plus complet et plus facile à lire des performances scolaires de leur enfant.

Des données qui pourraient également se révéler très utiles afin de mettre en place de nouveaux standards et d’accompagner une réforme dans le domaine. Certains opposants au système de notation plaident ainsi pour un système à cinq lettres liés à la validation ou non d’acquis exigés pendant l’année scolaire.

Le théoricien de l’éducation George Siemens - auteur de plusieurs blogs comme elearnspace (elearnspace) ou Connectivism - de l’Institut de recherche des technologies augmentées pour la connaissance de l’université d’Athabasca, appelle à la mise en place de nouveaux outils.

« Nous avons besoin d’outils, de moyens sur lesquels fonder les réformes éducatives incessantes… Les outils de mesure et d’analyse de l’apprentissage doivent avoir ce rôle. Une fois que nous comprendrons mieux le processus d’apprentissage, alors nous pourrons prendre des décisions éclairées étayées par des preuves. »

Certains vont encore plus loin et proposent de rendre l’évaluation plus « ludique » en proposant par exemple une évaluation permanente, sous forme de système de points et de récompenses. Une manière de rendre l’apprentissage plus divertissant et peut-être un peu plus proche des attentes des élèves.

Crédits photo :

Exam Photos: SMS Labuan # par Raslan Tangah aka Rasso, Flickr, licence CC)