L'innovation : bien plus qu'une option, une nécessité
Par Philipp Harper
Avant, on pouvait se dire qu'innover n'était pas indispensable ; on pouvait juste penser qu'une bonne idée contribuait de temps en temps à faire avancer les choses. Avant, le changement n'intervenait qu'à dose médicinale : les avancées technologiques en matière d'art, de science, de médecine ou de business n'avaient rien de révolutionnaire. Aujourd'hui, tout cela est bien fini. En particulier dans le monde des affaires où le progrès technologique engendre un marché en perpétuelle évolution.
Désormais le changement appelle le changement, et malheur à ceux qui ne parviennent pas à suivre le rythme éffréné des mutations. Ceux qui n'innovent pas assez ou qui ne font pas de la recherche et du développement leur priorité n°1 risquent de se heurter rapidement à des concurrents mieux préparés et plus dynamiques.« Innover ou mourir » tel est le leit motiv qui s'impose à tous, partout dans le monde.
Quelle que soit sa taille, une entreprise doit investir toujours plus dans l'optimisation de ses méthodes de travail ou dans l'acquisition d'équipements plus performants. Personne ne met plus cela en doute ; là où il est plus difficile de se mettre d'accord en revanche, c'est sur la qualité du retour sur investissement.
L'innovation, un créneau porteur
D'après une étude réalisée en 2005 par Cisco Systems auprès de décideurs commerciaux et informatiques issus d'entreprises de toutes tailles, 635 d'entre eux considéraient qu'en termes de compétitivité, l'innovation est plus différenciante que l'expertise, les faibles coûts salariaux ou les avantages fiscaux. Et quand on leur demandait ce qui, à leur avis, démarque leur propre entreprise de ses concurrentes, ils citaient majoritairement la qualité du produit ou du service fourni.
Le changement appelle le changement, et malheur à ceux qui ne parviennent pas à suivre. |
En matière d'investissements en recherche et développement, les pays développés continuent de se tailler la part du lion, mais d'autres régions comblent rapidement leur retard : ainsi la Chine et l'Inde ont augmenté leur effort de 21,1 % par an entre 1999 et 2004, contre 6,5 % pour le groupe des « Global Innovation 1 000 ».(toujours selon Booz Allen Hamilton).
L'innovation, on le voit, occupe une place de plus en plus importante dans le monde de l'entreprise ; mais sa mise en œuvre n'intervient plus de la même façon et ne concerne plus les mêmes personnes qu'il y a quelque temps. L'époque où les nouvelles idées provenaient d'experts extérieurs, puis étaient religieusement appliquées à l'intérieur de l'entreprise appartient au passé. Lorsque le Conseil de la Concurrence (organisme à but non lucratif) a récemment demandé à 199 cadres exécutifs d'où provenaient généralement les nouvelles idées, 78 % ont cité les fournisseurs et les clients, et 70 % les équipes internes. Par opposition, les centres de recherche universitaires ou administratifs ne représentaient que 32 % et 17 % des réponses...
Bien doser l'effort d'innovation
« La valeur concurrentielle d'une bonne idée n'a jamais été aussi grande » affirme Kevin Dehoff, vice-président de Booz Allen Hamilton. « Pourtant, dans nombre d'entreprises, l'innovation est souvent moins bien traitée que d'autres paramètres. Ce qu'il faut, c'est identifier les domaines dans lesquels l'optimisation des processus aura le plus d'effets. » En matière d'investissements en R et D, une stratégie de dispersion obtiendra peut-être des résultats positifs ; mais elle risque de se traduire par un gaspillage des ressources.
Bien cibler l'effort d'innovation semble plus judicieux. C'est la stratégie qu'a adopté il y a quelques années l'aéroport de Zurich. La faillite de Swissair ayant complètement désorganisé la gestion du site, les autorités firent appel à Unique. Cette entreprise privée fut chargée de superviser les opérations et de coordonner l'activité des 1 300 partenaires commerciaux de l'aéroport. Au lieu de simplement reprendre la gestion des installations en l'état, les responsables de Unique saisirent l'occasion pour créer un système permettant à l'ensemble des équipes de connaître en temps réel la situation de toutes les opérations menées. « Notre idée était de mettre au point un système permettant d'avoir une vision globale de tout ce qui se passait sur l'aéroport à n'importe quelle heure de la journée » précise Andrea Baroni, responsable des opérations pour la société Unique. « Cela impliquait de pouvoir recouper les informations provenant de multiples sources différentes. »
Pour que ce concept devienne réalité, Unique fit appel à deux partenaires labellisés Microsoft : NeuroPie et Zühkle Engineering. Ensemble, ils créérent Zeus, solution personnalisée bâtie sur la plate-forme Microsoft .Net. Zeus intégre différentes technologies de façon transparente et donne une vision complète des opérations aéroportuaires. Cette solution innovante a permis à l'aéroport suisse de sortir d'une situation chaotique et de se positionner parmi les infrastructures les plus en pointe du secteur.
Maîtriser le processus d'innovation
Pour être sûr qu'une innovation apportera les résultats escomptés, investir beaucoup ne suffit pas. Une étude réalisée en 2003 par Boston Consulting Group le montre : nombreux sont les dirigeants à s'avouer déçus d'un médiocre retour sur investissement suite à la mise en oeuvre de nouvelles idées.
Cette attitude s'explique en partie par la complexité du processus d'innovation, qui doit tenir compte des process internes, de la culture d'entreprise, et bien entendu des besoins des clients. Une bonne maîtrise de tous ces éléments et de la façon de les coordonner est nécessaire pour qu'une novation s'enracine vraiment dans l'entreprise et donne des résultats positifs.
Les innovations efficaces et véritablement rentables s'épanouissent naturellement au sein de l'entreprise. Elles ne sont pas le fruit d'une volonté extérieure.

Philipp Harper
Philipp Harper est un écrivain et rédacteur chevronné travaillant en freelance pour le compte notamment du Wall Street Journal et du magazine Forbes, mais aussi des sites Web MSNBC.com et MSN Money. Il vit dans le sud de l'État de Géorgie.