Proposer une nouvelle version de Windows ou Office tous les trois ans, c’est comme réaliser un nouvel avion chez Airbus : il s’agit d’un processus d’ingénierie complexe, qui comprend une part très importante de R&D mais dont tout l’effort tend vers un objectif unique : délivrer le nouveau logiciel en temps et heure, avec les fonctionnalités demandées par les équipes marketing, et à l’issue d’un long et sévère processus de test et de « bug checking ».
Cet effort mobilise des milliers de chef de produits, designers, ingénieurs de développement et de test qui intègrent patiemment les fonctionnalités requises. Pourtant, tout comme chez un industriel de l’aéronautique ou de l’automobile, Microsoft a aussi des « bureaux d’études » dont la feuille de route est toute autre : simplement repousser aux limites les technologies d’aujourd’hui et inventer celles qui n’existent pas encore. Leur contraintes ne sont pas les « besoins du marché » mais les limites de la connaissance en science informatique (et souvent mathématiques) et le talent à inventer. Ces bureaux d’études sont les laboratoires de R&D de Microsoft et ils sont peuplés de chercheurs (souvent également professeurs), d’étudiants en doctorat (PHD students) et d'ingénieurs de talents.
Microsoft a deux catégories bien distinctes de laboratoires de recherche :
- Microsoft Research (MSR), le laboratoire qui invente le « futur à long terme » (de cinq à dix ans) et travaille souvent sur de la recherche fondamentale,
- les « labs », adossés à un groupe produit, comme les Live Labs et les Office Labs.
Les labs ont un cycle de R&D court (de quelques mois à deux ans) et surtout ont une approche plus appliquée, avec pour finalité la production directe de technologie en liaison directe avec le groupe produit dont ils dépendent : les technologies pour le web (Live Labs) ou les applications business, la productivité individuelle ou de groupe (Office).
La liberté de MSR est totale : simplement recruter les meilleurs chercheurs, les meilleurs étudiants en PHD et inventer, simplement inventer. Il y’a 6 labos de MSR dans le Monde (3 aux USA, 1 en Europe à Cambridge, 2 en Asie (Pékin et Bangalore)) pour environ un millier de chercheurs.
MSR a aussi des « laboratoires associés » comme par exemple le Laboratoire de recherche commun INRIA-Microsoft Research situé en région parisienne, sur le plateau de Saclay et près de l’université Paris Sud Orsay. Il faut penser à MSR comme à une sorte de labo universitaire interne, avec des chercheurs souvent cités comme meilleurs contributeurs dans les plus prestigieuses conférences académiques mondiales, comme SIGGRAPH (graphique), VLDB (bases de données) ou CHI (interaction homme-machine). Ces chercheurs sont souvent d’anciens professeurs, certains le redeviendront ou d’autres continuent à enseigner à l’université en paralllèle. Chaque été les laboratoires de MSR accueillent des centaines d’étudiants doctorants en stages, ils y passent en général 3 à 6 mois à l’issue de leur seconde année de thèse.
Tous les domaines de la recherche en informatique sont traités par MSR. On peut citer quelques domaines d’excellence qui ont permis des avancées spectaculaires ces dernières années. Par exemple en traitement d’image, ce sont les recherches de Rick Szeliski avec ses collègues de la Washington State University sur la reconstruction automatique de panorama 3D (projet Photo Tourism) qui ont abouti ultérieurement à la création de Photosynth. Si vous êtes curieux, vous trouverez l’explication de certains des algorithmes de Photosynth dans cette publication de Siggraph 2008. Et oui, la recherche chez Microsoft est quasiment intégralement publiée dans les conférences !
Prenons un second exemple de recherche d’excellence à MSR : c’est également en computer vision, mais aussi en interaction homme-machine. Ce sont les travaux d’Andy Wilson sur les surfaces interactives qui ont directement mené à la réalisation de Microsoft Surface.
Et l’on peut citer enfin plus récemment, le moteur de reconnaissance de silhouette de Kinect est directement issu des travaux de l’équipe « Machine Learning & Perception de Microsoft Research Cambridge ». Voici la vidéo qui explique le passage de la recherche fondamentale à … Kinect
Enfin, pour un aperçu plus complet des projets de recherche de MSR, c’est ici.
Les Labs de Microsoft sont très différents de Microsoft Research tout en poursuivant le même objectif : repousser les limites de la technologie et mettre plus vite l’innovation à la disposition des utilisateurs.
Le principe des Labs est de rassembler des équipes de taille réduite, avec des chercheurs détachés de MSR, des ingénieurs détachés des groupes produits, des ingénieurs de talents et des designers et de leur demander de prototyper ou de réaliser rapidement des technologies en lien avec le groupe produit dont ils dépendent. Les projets sont courts – de 6 mois à 2 ans – et les équipes aussi – les chercheurs et ingénieurs retournent ensuite dans leurs équipes respectives. Les Labs sont un intermédiaire entre les groupes produits – ils n’en ont pas les contraintes industrielles parfois très lourdes – et les labos de pure R&D – ils proposent aux chercheurs des problématiques très concrètes.
Le premier Lab à avoir été créé est Microsoft Live Labs en 2007. Microsoft Office Labs a suivi en 2008, tous deux sont sur le campus de Microsoft dans la région de Seattle. Live Labs a comme finalité les technologies pour le web. Le Lab est tout d’abord connu pour avoir sorti Photosynth dont nous avons parlé ci-dessus à propos de MSR. Les conférences de Blaise Agueras ou Gary Flake à TED sont des must see. Live Labs est aussi un réservoir d’innovations pour Silverlight : ce fut d’abord Silverlight/Deepzoom – qui n’est autre qu’une implémentation « ultra légère » (moins de 32K !) du moteur SeaDragon - et maintenant Pivot, une véritable révolution dans les paradigmes de navigation. Pivot, bien sûr basé sur Seadragon est maintenant également intégré dans Silverlight. Regarder la conférence de Gary Flake, le directeur des Live Labs à TED en février 2010 est hautement recommandé !
Microsoft Office Labs est dans ses principes et son organisation assez similaire à Microsoft Live Labs. Office Labs joue le rôle de bureau d’étude concepts pour Microsoft Office. Parmi les concepts proposées aux tests des utilisateurs, il vaut la peine de regarder et tester pptplex : Il s’agit d’un add-on gratuit à Powerpoint permettant une navigation non séquentielle et entièrement fluide dans une présentation, autorisant des zooms, un peu à la manière de Pivot.
Mais peut être Office Labs est il plus connu pour une réalisation non directement technologique : il s’agit de la vidéo « Productivity Vision » qui a fait le tour du web (et même plusieurs fois) et qui montre une intégration dans un futur pas très éloigné finalement (2019) de technologies que l’on pourrait croire de science-fiction. Pourtant, certaines de ces technologies sont déjà là sous forme de prototypes, d’autres ont déjà fait irruption dans notre vie quotidienne, comme les smartphones multi-touch, et d’autres n’attendent que les progrès du hardware pour arriver sur le marché (micro projecteurs, ecrans souples etc). Dans cette présentation, Stephen Elop’s Président de la Microsoft Business Division decrypte cette vidéo pour en resituer les enjeux d’usage et les mettre en perspective des technologies d’aujourd’hui et de demain.
Tester quelques technos directement issues de la R&D Microsoft
Toutes les technologies actuelles et futures de Microsoft sont le produit direct ou indirect de la R&D réalisée dans nos labos, intégrées ensuite dans le processus industriel des « groupes produits ». Pourtant, quelques technologies de pointes ou prototypes d’applications sont directement proposés aux utilisateurs par les labos, souvent gratuitement, un peu à la manière d’un « concept car » que vous pourriez aller chercher au garage du coin et conduire librement ensuite …
En voici une rapide sélection, subjective, diverse et non exhaustive :
- Social Web Experience : une toolbar Internet Explorer qui matche sujets et informations de la page web courante et les conversations pertinentes de vos réseaux sociaux. Les correspondances sont affichées sous forme de popups
- Pour réaliser simplement des applications parallèles ou distribuées : Dryad & DryadLINQ
- Image Composite Editor : le meilleur outil pour construire une image gigapixel que vous pourrez ensuite zoomer avec Silverlight/Deepzoom
- Et sinon : 5 Cools Downloads You Can Try Today